L‘impressionnisme révolutionna la peinture en France et inspira de nombreux artistes européens dans leur recherche d’autres voies artistiques. En Pologne on doit parler d’un épisode impressionniste plutôt que d’un courant, mais les peintres qui se fascinèrent pour le nouveau style apparu sur les bords de la Seine laissèrent des toiles attachantes.
A la fin du 19e siècle, le territoire polonais était toujours occupé par les trois monarchies absolues qui l’entouraient et s’étaient partagé son territoire un siècle plus tôt. Dans le domaine artistique, cette situation politique insoutenable avait conduit à une atmosphère pesante dominée par les messages et symboles patriotiques. Cela commençait pourtant à changer, avec, au tournant du siècle, le mouvement culturel appelé Jeune Pologne (Młoda Polska). Ce terme venait d’un manifeste d’Artur Gorski, publié en 1898, en faveur de nouvelles valeurs esthétiques. On retournait au romantisme auquel on incorporait des idées modernistes. Parmi les nouvelles tendances dans la littérature et la peinture, émergea en particulier le symbolisme. D’autres artistes polonais, plus ou moins liés à la France, developpèrent leur propre variante de l’impressionnisme.
La mode de la campagne
Le pionnier de l’impressionnisme polonais est Aleksander Gierymski. Durant l’automne 1890, une commande l’amena à se rendre dans la capitale française pour peindre « Opéra de Paris la nuit ». Là, il côtoya de manière plus intense le milieu impressionniste, ce qui allait influencer ses nouvelles expériences dans le domaine de la lumière et de la couleur.
« Garçon portant une gerbe » est l’œuvre la plus connue de cette période de fascination pour les courants étrangers. Cette représentation d’un adolescent en pantalon court, arborant une chemise festive brodée et se protégeant de la canicule estivale avec une gerbe de foin combine traits réalistes et impressionnistes. La toile fut probablement peinte à Bronowice, aujourd’hui l’un des quartiers de Cracovie, à l’époque un village où habitait le peintre et homme politique connu, Wlodzimierz Tetmajer. Tetmajer était tombé amoureux d’une paysanne qu’il avait épousée, et il avait décidé de vivre à la campagne, initiant ainsi une mode pour les thèmes folkloriques. Certaines personnalités du milieu culturel polonais voyaient dans la population paysanne très traditionnelle, le ferment de la renaissance d’un pays libre. Le thème choisi par Gierymski n’était donc pas le fruit du hasard.
« Garçon portant une gerbe » figurait sur la liste des œuvres perdues au cours de la Seconde Guerre mondiale, et sa réapparition en 2004 sur le marché suscita beaucoup d’émotions. La peinture se trouve désormais au Musée de Wroclaw.
Les précurseurs
Wladyslaw Podkowinski (1866-1895) et Jozef Pankiewicz (1866-1940) visitèrent Paris à l’occasion de l’Exposition Universelle de 1889. Les deux amis y partagèrent le même atelier pendant un an. Tous les deux furent fascinés par les peintures de Claude Monet et Paul Cézanne. De retour à Varsovie, ces deux précurseurs essayèrent de promouvoir la nouvelle tendance sur leur terre natale, mais, comme leurs contemporains français, ils ne rencontrèrent pas la reconnaissance de l’opinion publique.
Leurs oeuvres furent exposées dans le Salon Varsovien d’Aleksander Krywult. Podkowinski créa des toiles saturées de soleil, reflétant le scintillement de l’air. Son style est basé sur le contraste des couleurs et des ombres. « Dans le jardin » reste l’un des plus beaux exemples de l’impressionisme polonais.
Jozef Pankiewicz reçut une médaille d’argent lors de l’Exposition Universelle de Paris pour une toile de style réaliste peinte en Pologne. Il réalisera ses prochaines oeuvres dans un style proche de l’impressionnisme.
Pankiewicz initia en effet le courant du colorisme polonais, qui s’inspirait de l’impressionnisme français. Professeur à l’Académie des Beaux-Arts de Cracovie, il influença la future génération d’artistes.
Plus à l’Est
Jan Stanislawski (1860-1907) et Leon Wyczolkowski (1852 – 1936) représentent un groupe d’artistes polonais liés à la région la plus a l’Est de la Pologne historique, appelée Ukraine (une partie du pays créé en 1918). Stanislawski était né à Olszana, dans une famille de l’inteligentsia polonaise. Il voyagea beaucoup durant sa vie, mais retourna régulièrement à la région ukrainienne, qu’il appréciait.
En 1890, il présenta ses peintures au Salon du Champ de Mars, à Paris, et rencontra des critiques favorables. Il se lia d’amitié avec Puvis de Chavannes. Son séjour en France lui confirma que ses recherches artistiques allaient dans la bonne direction. Il retourna à Cracovie, où il accepta un poste de professeur à l’Académie des Beaux-Arts. Considéré comme le créateur de l’école paysagiste polonaise, il apprit à ses étudiants à être proche de la nature. Comme ses toiles étaient toujours de taille réduite, Jan Stanislawski fut appelé « le grand peintre des petites peintures ».
Leon Wyczolkowski est considéré comme un peintre réaliste, pourtant, dans les années 1890, sa création évolua vers l’impressionnisme. En 1890, il exposa au Salon Krywulta de Varsovie des œuvres créées durant un séjour en Ukraine. Cette année-là fut le point culminant du développement de l’impressionnisme en Pologne.
Les peintures de Wyczolkowski sont caractérisées par la force des couleurs et des contrastes, ainsi qu’une manière dynamique de peindre. Les représentations de paysans expriment le pouvoir et la vitalité du peuple vivant en symbiose avec sa terre.
Post-scriptum
Olga Boznanska (1865 – 1940) habita à Paris à partir de 1898. Elle fit partie de la délégation française à l’exposition de Pittsburgh, en 1912 aux côtés de Claude Monet et Auguste Renoir, puis de nouveau en 1923 avec Pierre Bonnard et Maurice Denis. Boznanska n’a jamais peint en plein air. Elle ne peut pas être strictement considérée comme impressionniste, sa palette de couleurs étant tamisée et n’excluant pas le noir. Son style est donc classé comme postimpressionniste.
Nous aimons l’impressionnisme pour le soleil, la sérénité… Les nations slaves vivaient toujours selon le rythme de la nature, et on considéra ce nouveau style comme son affirmation. Parfois les peintures ressemblent à des photos de vacances ou de week-end en dehors de la ville. Nous avons besoin de ces petits plaisirs de la vie, éphémères comme des impressions pittoresques.
Bibliographie:
. Władysław Podkowiński – prekursor polskiego impresjonizmu (online), (accès: 07.11.2018) Mnk.pl.